En poursuivant votre navigation, vous acceptez le dépôt de cookies tiers destinés à vous permettre et faciliter la navigation sur le site notamment en mémorisant vos préférences de navigation définies au cours de votre session.

Le traitement des cancers de la thyroïde par iode 131

  Le traitement des cancers de la thyroïde par iode 131 V1.0.pdf

 

Guide pour la rédaction de protocoles de traitement par iode 131 et de suivi des cancers thyroïdiens papillaires et vésiculaires

Version:
1.0
Dernière mise à jour
29/08/2005
Rédaction
F. Bussière
Groupe de rédaction : Groupe de travail "Chirurgie endocrinienne Médecine Nucléaire Endocrinologie"
(CEMEN) Société Française de Médecine Nucléaire (SFBMN) :
A. Aurengo S. Bardet, J.L. Baulieu, F. Bussière, C. Corone, I. Gardin, T. Kiffel, M. Calzada-Nocaudie, M. Ricard, M. Schlumberger, M.E. Toubert, C. Schvartz
Comité de validation
M. Bourguignon, F. Brunotte, I. Gardin, G. Karcher, F. Moati, A. Merkling, R. Le Net, A. Prigent, B. Tillon, M. Toubeau, J.M. Vinot
Ratification par le CA le
18/11/2005
Adresse internet
www.sfmn.org

 

But du guide : Aider les responsables et le personnel des services de médecine nucléaire français à préciser les modalités d’information des patients avec les directives EURATOM du conseil de l’Union Européenne en particulier la directive 97/43, le code de la Santé Publique, la jurisprudence française sur l'information des patients, les recommandations des groupes de travail français, européens et nord-américains, le résumé des caractéristiques des produits (RCP) validé par l’Union Européenne et repris dans la notice pour l'utilisateur distribuée par le fabricant pour chaque médicament radiopharmaceutique disposant d'une AMM.

Mise en garde : Le guide est destiné aux seuls spécialistes de médecine nucléaire. Les recommandations qu'il contient peuvent ne pas s'appliquer au cas particulier de chaque patient. La Société Française de Médecine Nucléaire et Imagerie Moléculaire décline toute responsabilité quant aux conséquences d'erreurs qui se seraient glissées dans la reproduction ou la transformation de ce document.

 

 


I. INFORMATIONS ET DEFINITIONS PREALABLES

Information

Environ 3 700 nouveaux cas de cancers de la thyroïde sont découverts chaque année en France. Une proportion croissante de ces cas concerne des formes d'extension limitée.

La plupart des cancers de la thyroïde (80%) dérive des cellules vésiculaires. Ces cancers, appelés aussi "cancers thyroïdiens différenciés, non médullaires", ou folliculaires et papillaires, se répartissent selon deux entités anatomopathologiques:

Les cancers thyroïdiens papillaires et folliculaires expriment, comme les thyréocytes dont ils sont issus, la capacité de concentrer l'iodure et de produire de la thyroglobuline. Ces deux mécanismes peuvent être exprimés de façon différente selon le type histologique et diminuent avec le degré de différenciation du cancer.

La survie globale à 10 ans pour les cas découverts chez des adultes d'âge moyen, varie entre 80% et 95%. Cinq à 20% des patients présentent une rechute locale ou régionale et 10 à 15% ont des métastases à distance dans les séries historiques. Il est probable que chez les patients actuellement pris en charge, le risque de rechute soit moindre.

Parmi tous les systèmes de stratification pronostique proposés, le système pTNM tend à être de plus en plus adopté, pour établir l'extension de la tumeur. Il propose une prise en compte de l'âge (45 ans) pour la définition des différents stades. Par ailleurs d'autres paramètres interviennent: certains sous-types anatomo-pathologiques sont réputés de moins bon pronostic, par exemple les carcinomes papillaires à cellules hautes, papillaires sclérosant diffus, les carcinomes vésiculaires peu différenciés, les carcinomes insulaires.

Enfin, le pronostic dépend de la qualité du traitement initial. L'utilité d'une thyroïdectomie totale avec curage ganglionnaire, suivie d'un traitement par iode 131 est indiscutable pour les formes à haut risque de récidive mais l'intérêt du traitement par l'iode reste controversé, pour les formes de très bon pronostic.

Le traitement des cancers thyroïdiens différenciés non médullaires repose sur le trépied suivant:

  1. Thyroïdectomie chirurgicale totale et exérèse des chaînes ganglionnaires (au minimum, celle située le long de la trachée, chaîne médiastino-récurrentielle ou compartiment lymphatique central, niveau VI);
  2. Traitement par l'iode 131, administré 4 à 6 semaines après la thyroïdectomie, pour détruire le tissu thyroïdien restant ainsi que d'éventuelles micrométastases et faciliter la détection ultérieure de rechutes. Ce traitement est donc indiqué chaque fois que les données suivantes: âge du patient, extension de la tumeur appréciée par la classification TNM post-opératoire (pTNM), type histologique, taux de thyroglobuline (Tg), font envisager une extension à distance ou un risque d'évolution ultérieure;
  3. Traitement par hormone thyroïdienne visant non seulement à corriger l'hypothyroïdie mais aussi, en cas de risque de rechute ou de tissu néoplasique résiduel à freiner la sécrétion hypophysaire de thyréostimuline (TSH).

En France, l'habilitation à effectuer ce type de traitement par l'iode 131 est délivrée par la Direction Générale de la Sûreté Nucléaire et de la Radioprotection (DGSNR) à des services ou unités disposant de l'agrément L1A. Cet agrément est délivré au responsable du service ou de l'unité sous deux conditions:

Définitions

L'iode 131 est un des isotopes de l'iode, émetteur β- et γ, de période 8 jours. Son rayonnement complexe est formé principalement d'un rayonnement β- d'énergie maximale 606 keV, d'énergie moyenne 192 keV dont le parcours (R90) dans les tissus est de 0,8 mm et d'un rayonnement γ de 364 keV.

Le traitement par l'iode ou irathérapie désigne l'administration le plus souvent par voie orale d'iode 131 sous forme d'iodure de sodium (NaI).

Le traitement par l'iode 131 est aussi utilisé dans des indications autres que le cancer de la thyroïde:

Le traitement par l'iode 131 des cancers thyroïdiens est effectué dans deux situations distinctes:

 

 

 


II. INDICATIONS

 

Indications reposant sur des essais avec répartition aléatoire des sujets, méta-analyse, passages en revue systématiques

 

Indications reposant sur des travaux d'expérimentation ou d'observation fiables

Sans objet


Indications reposant sur d'autres éléments probants lorsque les conseils se fondent sur des avis d'experts et sont validés par des instances faisant autorité

Sans objet

 

Remarque: Dans certains cas, l'indication du traitement par l'iode 131 relève d'une association complexe de critères pronostiques. Pour plus de précisions on se référera aux recommandations et arbres décisionnels lorsqu'ils existent, les plus récemment mis à jour, par les comités d'experts.

 

 

 


III. CONTRE-INDICATIONS

Absolues

Relatives

 

 

 


IV. REALISATION DU TRAITEMENT

 

Informations indispensables pour le choix de la stratégie thérapeutique

 

Information et préparation du patient

(L'information du patient renvoie à un guide particulier "Information du patient" et à une éventuelle note d'information complémentaire proposée en annexe).


Préparation au traitement:

 

TABLEAU I - MEDICAMENTS A INTERROMPRE AVANT LE TRAITEMENT

TYPE DE MEDICAMENTS DELAI DE SEVRAGE RECOMMANDE
Hormones thyroïdiennes 2 semaines pour L-T3 (tri-iodothyronine)
4 semaines pour L-T4 (tétra-iodo-thyronine)
Sirop, vitamines, préparations nutritives contenant de l'iodure de sodium, fruits de mer 1 à 2 semaines selon l'abondance en iode.
Médicaments contenant de l'iode (amiodarone) Plusieurs mois voire quelques années
Topiques iodés (bétadine, collyres…) 1 à 2 semaines
PRODUITS DE CONTRASTE RADIOLOGIQUES
Hydrosolubles 3-4 semaines
Liposolubles per os (cholécystographie) 3 mois
Produits huileux (ex. bronchographie)
Myélographie
6 –12 mois
2-10 ans.

Le jour du traitement:

 

Précautions

 

Le radiopharmaceutique

(Renvoie à une guide spécifique "préparation, contrôle de qualité, administration des radiopharmaceutiques et principes de radioprotection).

 

1. Caractéristiques physiques de l'iode 131

L'iode 131 est obtenu par fission d'uranium 235 ou par bombardement neutronique de tellure stable. La période de l'iode 131 est de 8,06 jours. Il décroît en xenon 131 stable par émission de rayonnement gamma de 364 keV (82%), 637 keV (6,8%) et 284 keV (5,4%) ainsi que de rayonnement β-d'énergie maximale 606 keV, absorbé à 90% sur 0,8 mm de tissu biologique.

 

2. Caractéristiques des molécules vectrices utilisées

L'iode 131 est sous forme d'iodure de sodium: [131I] NaI

 

3. Préparation du radio-pharmaceutique

L'iodure de sodium est administré généralement sous forme d'une gélule dont l'enveloppe est formée de gélatine. Dans certains cas, il peut être administré sous forme de solution buvable voire injectable.

 

4. Durée et conditions de conservation assurant sa stabilité

La date limite d'utilisation et les conditions de stockage figurent sur le conditionnement extérieur du produit. Le produit est à conserver entre 15°C et 25°C selon la réglementation concernant les produits radioactifs.

 

5. Contrôle de qualité

Les caractéristiques: activité et nature du rayonnement gamma émis sont vérifiées avec selon les précautions d'usage vis à vis de composés hautement radioactifs et d'énergie élevée

 

6. Activité administrée, mode d'administration et données dosimétriques

L'activité à administrer est appréciée par le médecin nucléaire selon les référentiels ou en RCPO. La première réponse au traitement ne s'observe qu'au bout de plusieurs semaines (voire quelques mois). L'effet thérapeutique se traduit par la diminution du taux de Tg, par la disparition partielle ou totale des foyers de fixation spécifiques exprimant la régression des tumeurs primaires ou secondaires résiduelles, par la diminution de la fréquence des récidives loco-régionales et des métastases à distance. Cet effet s'observe au bout de plusieurs mois voire plusieurs années.

3 kg = 0,10 22 kg = 0,50 42 kg = 0,78
4 kg = 0,14 24 kg = 0,53 44 kg = 0,80
6 kg = 0,19 26 kg = 0,56 46 kg = 0,82
8 kg = 0,23 28 kg = 0,58 48 kg = 0,85
10 kg = 0,27 30 kg = 0,62 50 kg = 0,88
12 kg = 0,32 32 kg = 0,65 52-54 kg = 0,90
14 kg = 0,36 34 kg = 0,68 56-58 kg = 0,92
16 kg = 0,40 36 kg = 0,71 60-62 kg = 0,96
18 kg = 0,44 38 kg = 0,73 64-66 kg = 0,98
20 kg = 0,46 40 kg = 0,76 68 kg = 0,99

 

131I IODURE DE SODIUM
Injection intra-veineuses1
Fixation thyroïdienne : 0%
DOSE ABSORBEE PAR UNITE D'ACTIVITE ADMINISTREE (µGy/MBq)
Organes Homme adulte Femme adulte 15 ans 10 ans 5 ans 1 an
Paroi vésicale 610 750 750 1100 1800 3400
Reins 65 80 80 120 170 310
Paroi du colon 40 48 48 75 124 219
Ovaires - 54 54 84 130 240
Testicules 37 - 75 75 120 230
Utérus - 67 67 110 170 300
Dose efficace (µSv/MBq) 64 78 78 120 193 365

 

131I IODURE DE SODIUM
Injection intra-veineuses1
Fixation thyroïdienne : 2%
DOSE ABSORBEE PAR UNITE D'ACTIVITE ADMINISTREE (µGy/MBq)
Organes Homme adulte Femme adulte 15 ans 10 ans 5 ans 1 an
Thyroïde 27300 44100 44100 66700 146000 267000
Paroi vésicale 559 723 723 1100 1720 3280
Paroi de l'estomac 434 570 570 823 1420 2870
Ovaires - 60 60 92 143 257
Testicules 27 - 35 59 94 180
Utérus - 71 71 112 173 309
Dose efficace (µSv/MBq) 1471 2343 2343 3542 7640 14011

1 Pour une administration orale, la dose à la paroi de l'estomac est augmentée d'environ 30%, en considérant un temps de résidence moyen dans l'estomac de 0,5h. La dose efficace n'est pas significativement modifiée.

 

7. Traçabilité des informations réglementaires

La traçabilité des informations suit la réglementation en vigueur.

 


Interventions

1. Stimulation par TSH recombinante humaine (rh TSH)

Le remplacement du protocole de sevrage en hormones thyroïdiennes tel que décrit plus haut, par un protocole de stimulation grâce aux injections de TSH recombinante humaine par voie intra-musculaire, peut être indiqué (AMM) pour la surveillance après traitement de l'analyse de thyroglobuline, complétée ou non par la scintigraphie corps entier à l'iode 131. De plus, l'AMM a été obtenue pour l'ablation des reliquats thyroïdiens postopératoire.

L'indication de Thyrogen, dans le traitement des métastases évoluées chez des patients pour lesquels un sevrage est contre-indiqué, est à l'étude. Dans tous les cas le protocole consiste à injecter par voie intra-musculaire 0,9 mg de TSH recombinante humaine (Thyrogen-Genzyme), à J-2 et J-1 pour une administration de l'iode à J0. Son intérêt est d'éviter la diminution de clairance de l'iode radioactif, provoquée par l'arrêt du traitement substitutif thyroïdien et par conséquent de diminuer l'irradiation des organes autres que les tissus cibles (reliquats thyroïdiens ou métastases).

 

2. Corticothérapie

En prévention des phénomènes inflammatoires parfois observés lors du traitement de reliquats volumineux et du risque d'œdème autour de métastases cérébrales ou paramédullaires, une prescription, adaptée en fonction du risque à prévenir, par exemple de prednisolone à raison de 0,5 mg à 1 mg/kg/j est indiquée de J-3 ou J0 à J+3-J+6, mode d'administration adapté selon l'urgence soit per os soit voie intra-musculaire.

 

3. Dosimétrie individuelle

Comme évoqué plus haut, la réalisation d'une dosimétrie individuelle a priori soulève plusieurs difficultés non résolues à ce jour. En effet la détermination de la masse à traiter est difficile et, de plus, l'utilisation d'une dose traceuse d'iode ne permet pas de préjuger que la cinétique de fixation sera identique pour la dose thérapeutique ; elle serait même responsable d'une diminution de l'effet thérapeutique. Enfin, il est impossible d'obtenir une stimulation strictement identique par la TSH, sauf à espacer de quelques semaines la mesure et le traitement. Une mesure a posteriori de la dose d'irradiation selon un protocole à mettre au point au cas par cas serait utile, notamment dans les cas où la prescription de traitements itératifs s'avère nécessaire, afin d' optimiser la prise en charge thérapeutique.

 

Acquisition des images

1. La scintigraphie pré-irathérapie

Quand elle est faite, la scintigraphie avant l'administration thérapeutique peut être limitée à l'examen du reliquat thyroïdien. Elle est réalisée soit au 99mTc04-, soit à l'iode 123, voire à l'iode 131. Dans ce dernier cas, on veillera à utiliser une dose traceuse inférieure à 40 MBq de façon à prévenir le risque de diminuer l'action de la dose thérapeutique administrée 24 heures après. En effet, un phénomène de sidération (stunning) du mécanisme de transport de l'iodure dans les thyréocytes est possible. La caméra est équipée d'un collimateur sténopéique centré sur la thyroïde. Un temps d'acquisition de 10 à 15 minutes, une matrice 128 x 128 ou 256 x 256 et un nombre de 150 à 200 kilocoups donnent une image de qualité suffisante.

Il est également possible d'utiliser un collimateur parallèle adapté à l'énergie du radionucléide utilisé pour un examen loco-régional et une mesure par planimétrie ou par tomographie du volume cible ainsi que pour une mesure de la fixation de l'iodure.

 

2. La scintigraphie post-irathérapie

L'examen est réalisé de 3 à 7 jours après le traitement par l'iode 131. Un délai trop réduit risque d'entraîner un phénomène de saturation du détecteur en raison de la haute activité présente dans le reliquat, inversement une image trop tardive risque de faire disparaître certains foyers métastatiques fixant de petite taille. Grâce à l'importance de l'activité en iode 131, cet examen renseigne non seulement sur les reliquats thyroïdiens laissés en place lors de la thyroïdectomie chirurgicale mais aussi sur la présence éventuelle de métastases fixant l'iode au niveau des ganglions régionaux ou bien de sites à distance, en particulier, pulmonaires et osseux. Lors du traitement de métastases connues, la scintigraphie permet d'évaluer ou de détecter tous les foyers métastatiques fixant l'iode.

L'examen consiste en un balayage corps entier. La caméra est équipée d'un collimateur à trous parallèles, haute énergie, et la vitesse de balayage est assez lente de 8 à 10 cm/min.

La réalisation de clichés statiques centrés sur le cou et le thorax est utile pour une analyse plus fine des foyers fixant notamment l'identification d'éventuels ganglions métastatiques au voisinage des reliquats thyroïdiens, ou bien la détection de métastases pulmonaires parfois peu visibles car la fixation des reliquats en place est supérieure généralement à celle des cellules cancéreuses. Ces clichés statiques (incidences antérieures et postérieures respectivement) seront complétés par un repérage précis des repères anatomiques (fourchette sternale, clavicules, angles des mâchoires inférieures, ganglions palpables). En cas de foyers hyperactifs suspects à distance, la réalisation d'une tomographie d'émission monophotonique à l'iode 131 peut être utile pour mieux distinguer les sites atteints: médiastin, parties molles, gril costal, poumons. Des clichés de profil ou des examens plus tardifs associés à la réalisation d'autres examens d'imagerie: TDM thoracique sans ou avec injection, IRM centrée sur la région douteuse peuvent, selon le cas, aider à préciser le diagnostic et l'extension des lésions secondaires.

 

Traitement des images

La réalisation de coupes par transmission X obtenues lors d'un examen simultané grâce à certaines nouvelles γ-caméras équipées d'un dispositif de tomographie X est intéressante pour le repérage anatomique précis des sites métastatiques. Dans ce but, une méthode de fusion d'images simple telle que: par exemple l'image du squelette osseux après injection du traceur osseux, superposée à l'image obtenue en iode 131 sur la même γ-caméra peut aussi être utilisée. Les autres méthodes de fusion d'images risquent d'être décevantes ici.


Interprétation des images

1. Mise en évidence du (des) reliquat(s) thyroïdien(s) en post-opératoire

Lors de la première administration thérapeutique de l'iode 131 qui suit la thyroïdectomie chirurgicale, la scintigraphie met en évidence un ou plusieurs foyers fixant au niveau de la loge thyroïdienne. L'intensité de la fixation dépend du volume de parenchyme thyroïdien laissé en place mais aussi de l'activité administrée, et enfin du délai par rapport à l'administration de l'iode. La qualité de la scintigraphie dépend de la qualité de la thyroïdectomie ; si la fixation de l'iode au niveau des reliquats n'excède pas 2% l'analyse de l'image est facilitée.

 

2. Distribution physiologique de l'iodure

Les organes capables de concentrer et d'excréter l'iodure sont visibles: les glandes salivaires, la bouche, le nez, l'estomac, l'intestin et la vessie. Il est possible d'observer une activité diffuse hépatique témoin de la désiodation des hormones thyroïdiennes marquées dans le reliquat thyroïdien post opératoire. Chez les femmes jeunes, il est possible d'observer une fixation des glandes mammaires. On observe parfois, aussi, une fixation de la partie basse de l'œsophage, témoin d'une métaplasie œsophagienne, à distinguer d'une fixation médiastinale pathologique.

 

3. Mise en évidence de métastases fixant l'iode


Artéfacts et sources d'erreur


Le compte-rendu

Il doit préciser les points suivants:

  1. éléments justifiant la décision de traitement de l'iode 131, l'exposition au rayonnement ionisant du patient et les mesures prises pour l'optimisation de celle-ci (hydratation, eau citronnée, laxatifs, etc……..)
  2. Activité administrée, modalités et date de l'administration. Résultat(s) lorsqu'ils ont été réalisés des examens précédant la prise de l'iode.
  3. Durée de l'hospitalisation, signalement des effets indésirables éventuels et de leur traitement,
  4. Recommandations concernant la radioprotection du patient et de son entourage après la sortie d'hospitalisation.
  5. Résultats des examens pratiqués:

Le compte rendu de la scintigraphie corps entier réalisée après l'administration de l'iode est différent selon qu'il s'agit du traitement post-opératoire de(s) reliquat(s) ou du traitement de(s) métastase(s) connue (s):

6. La complexité des paramètres à prendre en compte fait que l'évaluation de la dose d'irradiation délivrée au(x) reliquat(s) thyroïdien(s) et surtout aux ganglions et aux métastases à distance est rarement possible. Néanmoins, si une approche quantitative de la fixation de l'iode 131 et des volumes à traiter a été réalisée les résultats pourront figurer dans le compte rendu.

 

 


V. PRECAUTIONS DE RADIOPROTECTION

 

Gestion des déchets

La gestion des déchets doit être conforme à la législation en vigueur (cf. Circulaire n° DGS/SD7D/DHOS/E4/2001/323). En particulier, afin de limiter les risques infectieux liés au stockage des déchets fermentés ciblés (restes de nourriture de patients hospitalisés en chambres protégées), ces déchets "peuvent être:

 

Personnel soignant, famille et entourage du patient

1. Personnel Soignant

L'administration à visée thérapeutique d'iode 131 nécessite l'hospitalisation du patient en chambre protégée contre les rayonnements ionisants.

Le personnel soignant prenant en charge le patient lors de cette hospitalisation doit bénéficier d'une formation adaptée à la radioprotection. Celle-ci peut être dispensée par la Personne Compétente en Radioprotection de l'Etablissement. Les précautions visent surtout à:

2. Le public et les proches

(A titre indicatif le tableau en annexe (annexe B) indique plus en détails les durées de limitation de contacts calculées, en fonction des valeurs estimées ou mesurées de l'activité résiduelle ou du débit de dose mesuré lors de la sortie du patient)


Urines, selles et prélèvements sanguins

Après l'hospitalisation en secteur protégé où les urines sont recueillies dans des cuves spéciales, les urines et les selles sont rejetées au domicile du patient dans les toilettes.

 

Conduite à tenir en cas d'erreur de dispensation (surdosage, erreur d'identification) à un patient

En cas de surdosage et si le délai écoulé depuis l'absorption orale de la gélule thérapeutique n'excède pas une à deux heures l'administration immédiate d'un produit émétisant et le recueil des vomissements au niveau des toilettes prévues dans les chambres radio protégées sont préconisés. Dans tous les cas, un blocage de la fixation thyroïdienne selon l'un des protocoles suivants peut permettre de diminuer significativement la dose efficace:

Afin d'évaluer les conséquences d'un surdosage ou d'un sous dosage liés à l'erreur de dispensation ou aux mesures rectificatives, il peut être utile de réaliser une étude des débits de dose à 1 mètre du patient dans les heures et les quelques jours qui suivent l'administration erronée.

 

Conduite à tenir pour la radioprotection en cas de décès du patient

Les précautions à prendre relèvent des mesures générales de radioprotection cherchant à limiter la proximité du corps avec une tierce personne, ainsi que l'usage de gants pour la toilette post-mortem. Mountford indique que ces recommandations sont suffisantes aussi bien lors d'une cérémonie d'enterrement ou d'une crémation lorsque l'activité résiduelle présente dans le corps est inférieure ou égale à 400 MBq.

 

Niveau de référence diagnostique

Sans objet: radiopharmaceutique à visée thérapeutique.

 

Suggestions pour la réduction de la dose absorbée par le patient

Sans objet: radiopharmaceutique à visée thérapeutique.

 

 


VI. PRECAUTIONS VIS A VIS DU RISQUE INFECTIEUX

Produits sanguins: Sans objet

Prévention des infections nosocomiales: Sans objet

 

 


VII. PHARMACOVIGILANCE ET MATERIOVIGILANCE

Les effets secondaires ou incidents doivent être déclarés selon la législation en vigueur.

 

 


VIII. REFERENCES

 

  1. DA Meier, DR.Brill, DV Becker, SEM Clarke, EB Silberstein, HD Royal and HR Balon. Procedure guideline for therapy of thyroid disease with 131Iodine. JNM (2002) 43(6):856-861.
  2. EANM Procedure guidelines for therapy with iodine-131. Eur J Nucl Med (2003) 30:BP27-BP31.
  3. Leenhardt L, Grosclaude P, Chérié-Challine L et les membres de la commission. Recommandations pour la mise en place d'un dispositif de surveillance épidémiologique nationale des cancers thyroïdiens. Institut de veille sanitaire (2003).
  4. Schlumberger MJ. Papillary and follicular thyroid carcinoma. N Engl J Med. (1998) ;29;338(5):297-306.
  5. Mazzaferri EL. An overview of the management of papillary and follicular thyroid carcinoma. Thyroid (1999);9(5):421-427.
  6. Klain M, Ricard M, Leboulleux S, Baudin E, Schlumberger M. Radioiodine therapy for papillary and follicular thyroid carcinoma. Eur J Nucl Med. (2002);29 Suppl 2:S479-85.
  7. Sherman SI. Thyroid carcinoma. Lancet. (2003) ;361:501-511.
  8. La prise en charge en 2003, du cancer thyroïdien différencié, 1e partie: le traitement initial du cancer thyroïdien différencié. Méd Nucl-Imagerie Fonctionnelle et Métabolique, numéro spécial thématique (2003), 27, n° 3.
  9. Schlumberger M Les cancers de la Thyroïde , brochure d'information "Grand public" de La Ligue contre le cancer.
  10. Arrêté du 21 janvier 2004 relatif à l'information des personnes exposées aux rayonnements ionisants lors d'un acte de médecine nucléaire. J.O n° 31 du 6 février (2004) page 2586 texte n° 23
  11. Hyer S, Vini L, O'Connell M, Pratt B, Harmer C Testicular dose and fertility in men following I131 therapy for thyroid cancer Clinical Endocrinology (2002) 56: 755-758
  12. Rubino C., de Vathaire F., Dottorini M.E., Hall P., Schvartz C., Couette J.E., Dondon M.G., Abbas M.T., Langlois C., Schlumberger M. Secondary primary malignancies in thyroid cancer patients. British Journal of cancer (2003) 89:1638-1644
  13. Berthe E, Henry-Amar M, Michels J-J, Rame J-P, Berthet P, Babin E, Icard P, Samama G, Galateau-Sallé F, Mahoudeau J, Bardet S. Risk of second primary cancer following differentiated thyroid cancer Eur J Nucl Med Mol Imaging (2004) 31: 685-691
  14. Maxon H.R., Englaro E.E., Thomas S.R., Hertzberg V.S., Hinnefeld J.D., Chen L.S., Smith H., Cummings D., Aden M.D. Radioiodine-131 therapy for well-differentiated thyroid cancer—A quantitative radiation dosimetric approach: outcome and validation in 85 patients. J Nucl Med (1992) 33:1132-1136
  15. Lassmann M., PhD; Luster M., MD, Hänscheid H; PhD and Reiners C., MD Impact of 131I diagnostic activities on the biokinetics of thyroid remnants. J Nucl Med (2004) 45:619-625
  16. Verkooijen R.B.T., Stokkel M.P.M., Smit J.W.A., Pauwels E.K.J. Radioiodine-131 in differentiated thyroid cancer: a retrospective analysis of an uptake-related ablation strategy. Eur J Nucl Med Mol Imaging (2004) 31: 499-506
  17. Dedienne B, Brenot-Rossi I, Sauvan R, Pasquier J.Fixation thymique bénigne de l'iode 131 dans le cancer de la thyroïde: fréquence et caractéristiques. Méd Nucl-Imagerie Fonctionnelle et Métabolique (1999), 23 (8) 525-533.
  18. Schlumberger M, Berg G, Cohen O, Duntas L, Jamar F, Jarzab B, Limbert E, Lind P, Pacini F, Reiners C, Sanchez Franco F, Toft A, Wiersinga WM. Surveillance des patients traités pour cancer différencié de la thyroïde à faible risque: une perspective européenne. Eur J Endocrinol. (2004) 150(2):105-12
  19. ICRP Publication 53. Radiation dose to patient from radiopharmaceuticals. Pergamon Press, Oxford 1987.
  20. ICRP Publication 80. Radiation dose to patients from radiopharmaceuticals. Addendeum 2 to ICRP. Publication 53, Pergamon Press, Oxford 1987.
  21. Berman M, Braverman LE, Burke J, De Groot L, Mc Cormack KR, Oddie TH, Rohrer RH, Wellman HN and Smith EM. Report n°5 I-123, I-124, I-125, I-130, I-131 and I-132 as Sodium Iodide. MIRD comitee of Society of Nuclear Medecine-MIRD dose estimate report n°5. JNM (1975) ;16:187.
  22. Touzery C., Aubert B., Caselles O., Gardin I., Guilhem M.T., Laffont S., Lisbona A. Dosimétrie des explorations diagnostiques en médecine nucléaire Rapport SFPM N°19-2001. Médecine Nucléaire (2002) ; 26: 347-389
  23. PJ Mountford. Risk assessment of nuclear medicine patient. Br J Radiol (1997), 70, 671-684.
  24. Circulaire n° DGS/SD7D/DHOS/E4/2001/323 du 9 juillet 2001 relative à la gestion des effluents et des déchets d'activité de soins contaminés par des radionucléides.
  25. Gardin I. Recommandations en radiothérapie métabolique vis à vis de la radioprotection des populations. Med Nucl-Imagerie Fonctionnelle et Metabolique.(2002) May;26(5):249-256.
  26. Touzery C, Prévot S, Perrette B, Boichot C, Berriolo-Riedinger A, Toubeau M, Riedinger JM, Brunotte F. Conseil pour la gestion des déchets solides contaminés par des urines de patients après administration de radiopharmaceutiques. Médecine Nucléaire (2003); 27:69-78.

 

 


IX. ANNEXES


A. Données administratives concernant le traitement et sa cotation


1. Nomenclature des actes médicaux

ZN 100 PRA 100: Traitement nécessitant une surveillance médicale et dosimétrique durant plusieurs jours avec hospitalisation en secteur radioprotégé quelle que soit l'activité administrée.


2. Catalogues des actes médicaux

B 641: Traitement d'un cancer thyroïdien (iode 131)


3. Classification commune des actes médicaux

10.02.03.03 Destruction de la glande thyroïde

KCNL004 [G] Irradiation interne de la glande thyroïde par administration d'iode 131 à une dose supérieure à 1 gigabecquerel [GBq]


B. Durée d'application des recommandations afin de limiter l'exposition du public et des proches

Les recommandations ci-dessous sont en cours d'analyse par la section de radioprotection du CSHPF. Elles seront probablement un peu modifiées par rapport à leur version actuelle

Activité
résiduelle
(MBq)
Débit
d'exposition
à 1 m
(µSv/h)
Durée max
de transport
en avion long
courrier
Durée en
jours arrêt de
travail1
(week-end
compris)
Durée en
jours de
limitation de
contact entre
conjoints
dont la
femme est
enceinte2
Durée en
jours de
limitation de
contact entre
conjoints2
Durée en
jours de
limitation de
contact avec
son enfant de
0 à 3 ans3
Durée en
jours de
limitation de
contact avec
son enfant de
3 à 10 ans3**
[0-100] [0-5] - aucune 2 j aucune aucune aucune
]100-200]  ]5-10] 29 h aucune 11 j aucune 9 j aucune
]200-400]  ]10-20] 13 h aucune 20 j 8 j 17 j 6 j
]400-600]  ]20-30] 9 h 5 j 24 j 13 j 22 j 10 j
]600-800]  ]30-40] 7 h 8 j 27 j 16 j 25 j 13 j

1 Un arrêt de travail est à prévoir lorsque le patient à des contacts proches (de l'ordre du mètre) et prolongé (7 h/j) toujours avec le même collègue, des femmes enceintes ou de jeunes enfants.

2 Les limitations de contact correspondent à des limitations de contact le jour, mais surtout de chambres séparées la nuit.

3 Des dépassements de 1 mSv peuvent survenir, si les contacts très proches (prise dans les bras) et proches durent plus de deux heures par jour.

Ces recommandations sont formulées afin de limiter les risques de dépassement des valeurs de contrainte de dose de:


C. Fiche information patient

Madame, Monsieur,

Vous allez bénéficier d'un traitement par iode radioactif pour votre maladie thyroïdienne. Ce traitement est simple, indolore et nécessaire pour soigner au mieux votre maladie. Ses avantages sont considérables par rapport aux précautions décrites ci-dessous.

Ce traitement est formellement contre indiqué en cas de grossesse, de suspicion de grossesse et d'allaitement.

Pendant quelques jours, votre organisme gardera une partie de l'iode radioactif nécessaire à ce traitement. L'iode non fixé va s'éliminer naturellement de façon progressive dans les selles, la salive et surtout les urines.

En raison de la présence de l'iode radioactif, vous risquez de soumettre votre entourage à une irradiation faible qui ne présente pas de réel danger, mais qui est inutile et qu'il vaut donc mieux éviter.

Les principes très généraux pour limiter cette irradiation sont de limiter autant que possible la durée des contacts avec les autres personnes et de vous tenir à distance d'eux à 1 ou 2 mètres.

Nous vous conseillons quelques précautions à observer: